Présentation du Manoir du Fay

Présentation générale et situation.

 

L’accès à partir de la rue des Zigs-Zags offre au visiteur une belle vue d’ensemble sur le manoir, sur ses dépendances, sur les pommiers de sa cour bordée de haies et de talus plantés d’arbres.

Le manoir présente l’intérêt de ne pas avoir fait l’objet d’aménagements de confort à l’intérieur, ce qui permet de le découvrir tel qu’il fut construit au tout début du XVIIème siècle. Très peu remanié depuis quatre siècles, il est resté aujourd’hui comme il devait être au temps de Pierre Corneille.

Construit entre 1613 et 1617, il a conservé toutes les caractéristiques du style de cette époque : six grandes fenêtres en façade du corps principal, avec des volets forts anciens et la pierre en harpe qui les encadre. L’alternance particulièrement heureuse de la pierre et de la brique ainsi que ses pans de murs enrichis par des croisillons de briques noires vernissées l’inscrivent dans la lignée des plus beaux manoirs cauchois.

Pour des raisons de sécurité, le corps de logis et les dépendances ne sont pas actuellement ouverts au public. Mais le visiteur peut profiter à loisir de ce site exceptionnel, but de promenade de nombreux habitants d’Yvetot et des environs.

Le site est inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, le Manoir est classé depuis 1996.

Il est la propriété de la Ville d’Yvetot depuis 1989.

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L’histoire du Manoir.

 

C’est Pierre Houel, sieur de Valleville qui fit construire le manoir de 1613 à 1617, dans sa propriété du Fay. Après avoir succédé à son père Jean Houel, en l’Election de Caudebec, il résilia ses charges et vint habiter sur les terres de ses aïeux, situées alors sur les territoires d’Yvetot, de Ste Marie et de Baons-le-Comte.

On trouve trace dès 1462 des attaches séculaires de la famille Houel de Valleville avec le domaine du Fay, alors dénommé Fay des Bans. Cette famille est intimement liée à l’histoire de l’ancien  Royaume d’Yvetot, devenu Principauté après que le roi Henri II eut mis fin à ses prérogatives en 1553. 

Au XVIIème siècle, l’alliance de deux familles : les Houel de Valleville et les Corneille.

La page la plus connue de l’histoire du manoir concerne les relations familiales qui  unirent les  Houel de Valleville avec la famille de Pierre Corneille, (1606-1684) célèbre poète et dramaturge, auteur de pièces comiques puis du Cid (1637),d’Horace, Cinna, Polyeucte…. au point qu’on a parfois abusivement appelé le manoir du Fay « Manoir Corneille ».

Barbe Houel, sœur du constructeur du manoir, épousa en effet en 1570 le grand père de Pierre Corneille, conseiller référendaire à la chancellerie du Parlement de Normandie.

Ils s’installèrent dès leur mariage dans une maison située rue la Pie à Rouen (demeure appelée de nos jours encore « Maison Corneille »), appartenant à la famille De Valleville d’Yvetot.

Pierre Corneille, dit « Le référendaire » et Barbe Houel eurent de nombreux enfants, dont Pierre, futur maître des Eaux et Forêts et père du poète et dramaturge, et Antoine, qui fut curé de Ste Marie des Champs de 1606 à 1648.

Il est certain qu’après la construction du manoir, l’abbé Antoine Corneille, neveu du propriétaire Pierre Houel, vint y séjourner et se reposer dans le pavillon de droite, lorsqu’il arrivait dans sa paroisse dont le vicaire habitait la maison presbytérale, en face de l’Eglise.

Le manoir fut aussi une halte bienfaisante pour son frère Pierre, Maître des Eaux et Forêts, son épouse Marthe Le Pesant et leurs six enfants, dont  Pierre, le dramaturge, Antoine, qui fut curé de Fréville de 1642 à sa mort en 1657, Thomas, lui aussi homme de lettres très connu en son temps, qui sera reçu à l’Académie Française au fauteuil précédemment occupé par son frère Pierre.

Leur sœur Marthe, épouse Le Bovyer de Fontenelle, fut la mère de l’écrivain Fontenelle.

Malgré l’absence de trace écrite de leur passage au Manoir du Fay, il est plus que vraisemblable que Pierre et ses frères y firent des séjours bucoliques, peut-être même y trouvèrent-ils source d’inspiration pour composer l’une ou l’autre de ces œuvres qui ont conservé leur nom à la postérité ?

 

Le manoir au XVIIIème siècle et pendant la Révolution.

Une descendante de Pierre Houel de Valleville, Marie Houel, occupa ensuite le manoir. Elle épousa Pierre Louis Isnel de Combles, né en 1632, brigadier de la noblesse du Ban de Caux, qui fut inhumé en 1716 à Ste Marie des Champs.

Des liens très étroits unissaient la famille de Combles et la famille princière d’Yvetot. Ainsi, Camille III d’Albon, dernier prince d’Yvetot qui « régna » sur la Principauté de 1746 à 1772 avait pour grand-mère maternelle Françoise de Combles, épouse d’un échevin de Lyon, David Olivier.

Les deux derniers propriétaires du manoir avant la Révolution furent Louis Marie Gervais Isnel de Combles, né en 1740 et Louis Charles Désiré Isnel, né en 1742.

Emigrés tous deux, les frères Isnel auraient dû voir leurs biens confisqués et vendus au titre des biens nationaux. Mais le manoir échappa à cette mesure confiscatoire en raison d’un litige porté devant les tribunaux par un enfant adultérin contestant un partage effectué des années auparavant. C’est ainsi que le manoir du Fay ne fut pas vendu comme bien national mais réquisitionné pour être transformé en maison de détention destinée à accueillir les suspects du nouveau régime.

Il subsiste un témoignage sur la vie au manoir, devenu prison sous la terreur, dans les mémoires inédits d’un curé de campagne, l’abbé Dumesnil, curé de Guerbaville (actuellement La Mailleraie sur Seine) qui décrit ainsi son arrivée au manoir :

«  Combles, où l’on me conduisit, est une vaste habitation de plaisance, entourée de magnifiques avenues, et située sur la paroisse de Ste Marie, à une demi-lieue d’Yvetot… »

Il reconnait que sa détention au manoir n’était pas des plus rigoureuses. Il dit pouvoir se promener dans la cour et dans un grand et beau jardin clos de murs qui s’étendait de l’autre côté de la maison.

L’abbé Dumesnil, libéré quelques mois plus tard, eut plus de chance qu’un des ses confrères, Dom Etienne Mauger, emprisonné au Manoir du Fay peu de temps avant lui et transféré à la Conciergerie pour être traduit devant le tribunal révolutionnaire. Il y fut condamné à la peine de mort le 24 floréal de l’an II (13 mai 1794) et guillotiné le jour même.

 

Le manoir après la Révolution.

Localisé jadis sur la paroisse de Ste Marie des Champs qui faisait partie de la Principauté d’Yvetot, le manoir fut définitivement rattaché à Yvetot en 1811, à la suite d’une redéfinition des frontières entre Ste Marie et Yvetot.

Au début du XIXème siècle, le manoir resta la propriété des Isnel de Comble (orthographié à l’époque sans le s final) mais perdit sa fonction d’habitation de plaisance pour être affecté comme maison de ferme louée à des fermiers.

Après la mort des deux dernières descendantes des Isnel de Comble, Pierre Auguste de la Barre de Nanteuil, l’un de leurs co-héritiers, deviendra propriétaire du manoir en 1847. Habitant à Paris, il n’occupa jamais la propriété.

Les héritiers de la famille de la Barre de Nanteuil vendirent en juillet 1879 le manoir et les terres attenantes à Monsieur Amable Hippolyte Eliot, propriétaire à Yvetot.

Ensuite, par le jeu des successions, le manoir connut différents propriétaires, jusqu’à ce que la propriété revienne en 1987 à Madame de Barbe de la Barthe Saint Loubert, épouse de Maître Jean Cornet, notaire à Neuilly sur Seine. C’est elle qui vendit le manoir à la ville d’Yvetot le 27 janvier 1989.

 

Le manoir aujourd’hui.

Lors de son acquisition par la Ville en 1989, l’édifice nécessitait déjà des travaux de restauration. Les dégradations se sont poursuivies avec le temps et il n’est pas accessible aujourd’hui au public en raison de son état sanitaire (fragilité et dangerosité).

Grâce à des travaux d’aménagement récents, le parc est désormais ouvert au public et offre au promeneur tout le charme de ses allées, de ses dépendances et de ses pelouses plantées de pommiers.

Entre 1989 et 2011, trois études ont été commandées par la ville, afin de déterminer les potentiels, qualités et faiblesses du Manoir et du site.

Une étude de faisabilité portant sur le corps de logis est en cours de réalisation. Des travaux indispensables vont être entrepris, en priorité sur les gouttières, pour le garantir des dommages des eaux.

 

Le jardin.

Lieu de promenade et de méditation apprécié par l’abbé Dumesnil lors de sa détention au manoir du Fay pendant la Révolution, le jardin clos situé à l’arrière du manoir sur une superficie de 3 200 m2 est un des charmes majeurs du site.

Longtemps confié à la gestion de l’A.N.E.T.H (Association Nature Environnement et Techniques Horticoles), le jardin clos a été paysagé et cultivé dans le respect de la méthode biologique.

Il a malheureusement dû fermer ses portes pendant de nombreuses années, mais aujourd’hui les bénévoles de l’association ont entrepris de redonner vie à ce bel espace naturel afin d’y accueillir de nombreux promeneurs.

Ce « jardin secret » offre une perspective remarquable sur la face cachée du manoir, tout en contraste avec le parc champêtre enserrant l’ensemble du site.

Le manoir étant inaccessible en raison de son état de fragilité, le jardin clos s’est imposé aux membres de l’association comme ancrage idéal pour son action d’information, de sensibilisation et d’animation.

L’association souhaite donc en faire un lieu de rencontres coloré et vivant, reflet de la beauté du site.

Ainsi, après plusieurs semaines de débroussaillage par les bénévoles, l’association a profité des journées du patrimoine 2011 pour ouvrir les portes du jardin clos sous la bannière de l’événement : « Ouverture exceptionnelle du Manoir – Venez découvrir une face cachée du Manoir ».

Dès lors, l’association a proposé de prendre en charge le jardin clos, afin d’en faire le cœur de son action en faveur du site, dans le but :

  • d’attirer l’attention du visiteur sur les dangers qui menacent le manoir lui-même, tout en l’informant sur son histoire et son architecture,
  • de développer la connaissance du public sur les jardins paysagers, la nature et la préservation du patrimoine naturel, cauchois en particulier.

L’association projette d’en faire une destination idéale pour les promeneurs, les amoureux des jardins et de la nature qui apprécieront cet espace intime, poétique, faisant écho au passé du manoir.

D'après le livre de Mr Tougard

 

Sources: Mr TOUGARD et Mme S. BIREMBAUT

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Date de dernière mise à jour : 22/05/2016

 

 

 

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